Appoggiature

Pour que les femmes m’aiment.

J’ai invoqué la Malédiction il y a un demi-siècle.

Elle définit mon existence depuis mon dixième anniversaire.

Ses effets quasi immédiat m’ont forcé de façon pratiquement

continuelle à dialoguer avec ma mère et à réparer mes torts.

J’écris des histoires pour consoler le fantôme qu’elle est devenue.

Elle est omniprésente et toujours insolite. Les autres femmes

s’imposent par leur chair et leur sang. Elles ont leurs histoires.

Leur contact m’a sauvé à des degrés divers et m’a permis de survivre

à mon appétit insensé et à mon ambition déraisonnable.

J’ai résisté à leurs reproches. Mes talents de conteur sont

imperturbablement robustes et enracinés dans ce moment de mon existence

où j’ai souhaité sa mort et ordonné son meurtre. Le monde où je vis,

ce sont les femmes qui me le donnent, et ce sont les femmes qui en font

un lieu où je me sens en sécurité. Je ne peux plus continuer très longtemps

d’aller vers Elles dans l’espoir de la trouver.

Ma volonté obsessionnelle est trop proche de son point de rupture.

Il faut que Leurs histoires éclipsent La Sienne par leur volume et leur contenu.

Ces femmes, il faut que je les honore et qu’une à une je les différencie d’Elle.

Ma quête a été à la fois âpre et pleine de discernement.

C’est ce discernement qui me réconforte aujourd’hui.

Ma boulimie s’est toujours accompagnée d’appoggiatures.

Cette quête a été un rêve fiévreux. Un rêve qu’aujourd’hui je me dois de décoder

dans le respect des convenances. Elles sont toutes sorties

de ma vie à présent. Sans elles, je suis désincarné. Si je parle d’elles avec sincérité,

elles m’épargneront leur fureur. Avec le recul

il se peut que mon emprise se résume à une caresse.

Je découvrirai la réponse dans mes rêves et dans quelques éclairs de lucidité.

Elle me trouveront seul

et me parleront dans le noir.

James Ellroy